samedi 14 novembre 2015

en réaction au 13 novembre 2015

J'étais partie me faire un thé, puis, je m’aperçois que je n'ai rien fait. Je m'aperçois que mes idées tournent un peu au ralenti depuis ce matin. Je ne voulais pas réagir aux événements qui ont eu lieu dans la nuit de vendredi 13 à samedi 14 novembre parce que je ne suis pas d'accord avec les discours qui en sortent, et parce que vivre un événement à travers les réseaux sociaux ainsi que la télévision et son entourage est pesant. J'ai suivi le déroulement des attentats à travers ces différents médias et discours et je dois dire que c'est fatiguant. Parler de compassion, se trouver l'âme d'un géopoliticien, devenir humaniste et voir une nation unie est quelque chose qui semble si simple en situation d'urgence. Alors, je comprends et le conçois comme nécessaire et pourtant je suis dubitative sur le fond et la portée de tout cela... On peut faire l'analogie avec un soufflé dans un four qui une fois sorti devient plat, comme ça été le cas en janvier 2015. Passé l'émotion de la situation, les discours se radicalisent et les habitudes reprennent le dessus. Serions nous près à accueillir des réfugiés dont la situation est bien plus dramatique que la notre, car quotidienne? J'en doute. Pourtant hier soir, beaucoup était près à offrir une hospitalité à ceux qui se trouvaient sur les lieux des attentats... Voilà ce qu'est l'urgence, un instinct de survie. Éphémère. Aussi, quand bien même je suis profondément indignée, choquée, triste s'il le faut... Je suis touchée en tant que citoyenne et non pas en tant que personne. Sur les réseaux sociaux, je ne mettrai pas un avatar bardé du drapeau de la France, et je n'afficherai pas de photo de Paris, je n'en parlerai pas plus qu'il ne faut. Parler, nous le faisons tellement et souvent si mal. Faire le lit de la terreur passe par le matraquage médiatique, les réseaux sociaux  and coe. Par contre, conscientiser les choses, comprendre sur le fond et "agir en conséquence" est finalement ce que j'ai trouvé de mieux à mon niveau.
Il n'y a pas grand chose à dire. Avoir son poste radio en marche toute la journée pour suivre ce que disent les journalistes et conclure par "je ne sors plus de chez moi...Quel besoin de se maintenir dans un climat de panique? Aucun si ce n'est pour éprouver volontairement haine, peur et finir par se radicaliser. Je n'ai pas peur. Enfin...Si. J'ai peur des conséquences politiques, des prochains discours, de cette radicalisation qui devient difficile à ignorer. 

Bref...
TLY, 14 novembre 2015

lundi 20 juillet 2015

Vers une pornographie... Romantique et féministe?

L'article qui suit n'est pas directement en lien (ou très peu) avec ma recherche universitaire. 

Pour information, ce blog n'est pas le reflet de ce qu'est ou sera ce que je transmets à mes directeurs de recherche. Ce blog me permet de faire avancer ma réflexion, de faire germer certaines idées, de poser à plat certaines choses parfois douloureuses. Quand bien même le font est le même, il n'est pas question que je fasse ici un brouillon de mon mémoire de recherche. 


Depuis quelques temps, je vois dans mon fil d'actualité la demande d'une contribution pour une série de films pornographiques qui se revendiquent "lesbiens romantiques". Soit. Un teaser circule de manière "virale" sur facebook si l'on suit l'une des actrices.Soit. Je vais voir, mais quelque chose me dérange dans la catégorisation "pornographie romantique". 

On associe la pornographie à un "genre" s'adressant aux hommes, utilisant la femme comme un objet à trois trous -bouche, vaginal, anal-. Certes. Une femme aux seins énormes (refaits a priori), au sexe imberbe, et sachant garder la bouche grande ouverte durant plusieurs minutes. Bref, une vision de la femme absolument machiste... Sauf que! La représentation de l'homme n'y est pas plus glorieuse. Un torse imberbe et musclé, un sexe imberbe et énorme. L'homme y est autant un objet que la femme, qui doit en plus démontrer des performances sexuelles inhumaines (du type s'empêcher de jouir pendant plus d'une heure). 
On a donc deux figures dans la pornographie hétérosexuelle, masculine (torse imberbe et sexe énorme) et féminine (gros seins, sexe imberbe, trois trous). L'objectif est de permettre à un individu de pouvoir se masturber à partir de la vision d'une situation qu'il ne peut pas vivre. Cette situation est un fantasme, c'est à dire une situation qui n'est pas amenée à se produire. Sachant cela, je pars du principe que la pornographie n'est pas le reflet de ce que je vie, par exemple lorsque je fais l'amour avec mon compagnon, un acte emplie d'amour et de romantisme. Je ne cherche donc pas à voir la même chose quand mon objectif est de me "décharger", acte qui par ailleurs dure peu de temps. (Non, je n'ai pas encore eu envie d'une folle nuit de sexe solitaire... mais qui sait)
Parler de pornographie romantique, à mon avis, c'est catégoriser la pornographie comme quelque chose de négatif qu'il faudrait faire autrement. C'est surtout vouloir faire de la pornographie ce qu'elle n'est pas : un discours. Sans faire de généralité, assumer de regarder de la pornographie (au même titre qu'avoir des pratiques SM) c'est assumer que l'on est un individu sexué/sexuel et cela est considéré comme "a-normal". D'une façon générale on ne parle pas de sexe et on ne dit pas que l'on aime ça. La question que je me pose c'est si il n'est pas question de légitimer ce besoin?
Doit-on légitimer le besoin de se masturber? Faire cela c'est admettre que l'on a honte de le faire. M.Kundera dit ceci de la honte :
"La honte n'a pas pour fondement une faute que nous aurions commise, mais l'humiliation que nous éprouvons à être ce que nous somme sans l'avoir choisi, et la sensation insupportable que cette humiliation est visible de partout".
Cette citation a été utilisée pour faire la promotion du film Shame de S. McQueen, lequel met en scène un homme accro à la pornographie et au sexe (brillamment interprété par Michael Fassbender). Dans le cas de ce film, c'est clairement une pathologie qui est mise en scène. Dans un tout autre style, le film Don Jon met en scène un homme accro au porno mais... sur un ton bien plus léger et surtout déculpabilisant. Le pitch :
"Mon corps, mon appart', ma caisse, ma famille, mon église, mes nanas, mon porno".

Le porno n'a rien de mauvais et ce, malgré les stéréotypes qui lui sont associés. Je ne crois pas que le porno véhicule une image spécifique de la femme ou de l'homme d'autant plus que la plus part des gens n'assument pas d'en regarder. Nul besoin d'en faire un discours ou de l'associer à un pathos. Il me semble qu'il faille simplement assumer notre rapport au sexe et prendre du recul sur ce qui est mis à notre disposition.

Ha, et sans vouloir faire un gros spoiler de shame, cette scène de sexe levrette/baie vitrée, est magique.

dimanche 14 juin 2015

Question de genre : début de réflexion, partie 2

Les questions de genre sont intéressantes. Elles nous amènent parfois à prendre des chemins qui en d'autres circonstances n'auraient pas été les nôtres. Dans le sujet qui est le mien, qui en l’occurrence s'intéresse à la pratique du kinbaku, je me trouve au cœur des enjeux liés au genre, aux sexualités et finalement à l'exotisme.***

Du " juste féminisme" à une géographie des sexualités... Ou du sexe? Question de positionnement et de réflexivité


La sexualité est construite par des normes de genre et spatiales. Basiquement, par normes de genre je fais référence à l'hétérosexualité. Par spatial, je désigne les rapports sexuels qui ont lieu chez soi dans sa chambre, c'est à dire dans une sphère privée.
Sphères privées (ou publiques) et les rapports de domination qui y sont mis en place sont des éléments au cœur de l'analyse de la pratique du kinbaku. De fait, je me sers particulièrement des études sur le féminisme et le genre. En effet, les études sur le féminisme (ou les travaux menés par les féministes) me permettent de mieux cerner, en autre, quels sont les enjeux liés à la position de la femme. Les études de genre m'apparaissent comme nécessaires car elles me permettent de poser les bases de ma recherche. En effet, ce sont avant tout les femmes qui se font attacher. Plus encore, un attacheur comme Nawashi Kanna pose et trouble les questions de genre car il se considère autant homme que femme.Pour autant, je ne me considère pas militante mais plus j'avance dans la construction de mon sujet de recherche plus je me rends compte que vais être amené à "dénoncer" des situations qui sont le résultat de normes (de genre, sexualité, de classe).
"Ils veulent voir du SM, alors je leur amène Yen Ragami" me disait Gorgone, une modèle française de kinbaku. Ren Yagami est un attacheur qui a été l'élève de Nawashi Kana. Etant sadique et dans l'expression d'une violence physique intense lors de ses shows, il est aujourd'hui en mauvais termes avec Kanna. En mars, je suis allée à la place des cordes à Paris pour le voir attacher Gorgone, laquelle s'affirme comme étant féministe. Lors de leur performance commune, R. Yagami lui a donné des coups au visage, ce que Gorgone consentait. Ayant une sensibilité telle que...Non, je ne supporte pas de voir une femme (ou un homme) se faire frapper, je me suis posée quelques questions et fait quelques remarques.
- cette performance est-elle la mise en scène d'une intégration à l'extrême des normes de genre?
- il n'y pas de juste féminisme mais une représentation de ce qu'est ou doit être le féminisme  
- Je suis une géographe féministe. 
A mon sens le féminisme n'est pas uniquement un moyen de dénoncer un contexte de domination subit par les femmes.Il est plus largement un outil permettant de dénoncer les rapports de pouvoirs induits par les rapports de genre.

De rencontres en séminaires et lectures, je m'aperçois que le sexe (la bite quoi), même si tout un chacune aime ça, est un objet peu voir non scientifisé. En France, la géographie reste prude et ce, même si elle s'ose à aborder les questions de sexualité. Lorsque j'ai du commencer à lire des auteurs qui ont tenté d'en dire quelques mots, j'ai très vite fait l'amer constat que mise à part les homosexualités et la prostitution, le champ était assez vide. Dans le milieu anglo-saxon, certains chercheurs, en particulier Phil Hubbard, ont abordé l'hétérosexualité sous l'angle de la déviance en évoquant (quoi qu'en surface)  notamment les pratiques SM. Toutefois, comme le font très justement remarquer certain(e)s chercheurs/es, l'analyse scientifique "des" sexualités se fait par l'approche analyse spatiale et commercialisation. 
Le sexe, ces clitoris qui mouillent, ces pénis qui bandent, sont ignorés et ce alors même qu'ils sont, me semblent-ils, au cœur de ce qui est censé être analysé.  Il m’apparaît évident que l'espace et la manière dont il est agencé a une influence sur le désir sexuel et c'est une chose que la pratique du kinbaku met en évidence. Par exemple, lors d'un show de kinbaku il se met en place une micro-géographie du désir et des corps, et à échelle plus large il y a de la part du public une certaine forme de voyeurisme. En effet, lorsqu'un homme attache une femme (ou bien lorsque ce sont deux femmes), les deux individus se retrouvent dans un moment d'intimité qui n'est plus privé. Ce moment n'est pas non plus entièrement public car il est accessible dès lors que l'on en connaît l’existence et que l'on accepte de payer pour le voir. C'est une situation assez proche de celle de l'exposition de et à la pornographie, bien que la pornographie soit parfois considérée comme un caricature des relations sexuelles. A ce propos, le kinbaku est une pratique catégorisée dans l'industrie pornographique, que ce soit l'industrie pornographique japonaise ou internationale. Certains attacheurs, comme Akira Naka, reconnus dans leur domaine, sont des acteurs pornographiques.
Il existe quelques références scientifiques en sciences sociales sur la pornographie, en particulier les travaux de la géographe Rachele Borghi. Elle a notamment travaillé sur le "post-porn" qu'elle définie en tant que performance et comme critique des normes sexuelles que nous connaissons (comme l'auto-censure d'un vocabulaire tel qu'anus, godemiché). Elle écrit : "la sexualité est bien plus qu’un acte privé et son importance ne saurait se réduire à la sphère privée : elle affecte en effet l’ensemble des espaces". Ceci est tellement vrai qu'il s'agit d'un acte politique et est donc public, mais se trouve régit par des normes tel qu'on ne se promène pas nu et qu'une relation sexuelle doive n'avoir lieu que dans une sphère intime. Alors, le kinbaku peut-il être considéré comme un acte sexuel? A mon sens, oui. L'acte sexuel n'est pas uniquement une pénétration vaginale (anale, orale...) car j'estime que lorsqu'un corps féminin mouille, ou lorsque masculin bande, puis joui alors il y a endorphine et donc on peut parler de sexualité.
Je ne suis pas pro sexe, et je ne mets pas mon corps en avant dans cette recherche. Mon rapport au sexe est non censuré car je pense que c'est le désir de l'autre (pas nécessairement physique) qui régit l'ensemble des relations humaines. Plus encore, le désir est spatial, comme le montre le géographe sino-étasunien Yi-Fu Tuan dans son ouvrage Topophilia. Par exemple, on éprouve un réel attachement pour notre lieu de vie quotidien. Je pense que c'est aussi vrai pour un lieu lointain, typiquement le Japon/Tokyo pour celles et ceux pratiquant le kinbaku. Il est devient alors possible de cartographier le désir et les pratiques/enjeux qui en découlent.

[A suivre]
T.


***
J.F Staszak, "qu'est-ce que l'exotisme", 2008
E. Said, "L'orientalisme, l'Orient créé par l'Occident", 1973
R. Borghi, "Post-Porn", 2013
P. Hubbard, "Sex Zones, Intimacy, Citizenship and Public Space", 2001
***




mercredi 29 avril 2015

Question de genre : début de réflexion, partie 1

l'idée est d'introduire ici la question du genre. Elle me tient à cœur car elle me permet de me questionner en tant que personne. Comment est-ce que l'on se définie en tant que personne? Est-il possible de dépasser les clivages sociaux imposés par notre sexe? Je n'en suis qu'au début de la réflexion, mais d'intuition, je dirai que non. "Absolument pas". Et ce, quand bien même on s'affirme comme féministe ou plus largement comme militant(e). 
Je ne me définie pas comme étant féministe. Je ne le suis pas parce que j'y vois une barrière et parce que je ne place pas la "femme" et "sa condition" au cœur de la réflexion. Je pense qu'il faut plutôt réfléchir pour une absolue égalité entre les individus sans y introduire une notion de genre. Irréalisable certes, car c'est ignorer que des normes sociales découlent la manière dont les individus se comportent les uns avec les autres. Cependant, ma position, en tant que femme, est de tendre vers cet idéal par individu et non par genre. 

Les questions de genre sont très complexes à analyser de par ce qu'elles dénoncent. Elles sont par essence un discours et finalement annoncent déjà l'engagement du chercheur. La construction de mon mémoire de recherche repose notamment sur les études de genre du fait qu'il analyse une pratique sexuelle. 
Le kinbaku est une pratique sexuelle japonaise qui consiste à attacher son ou sa partenaire. C'est une pratique initialement liée au BDSM. Attacher son partenaire à des fins sexuelles n'est pas une pratique nouvelle en "Occident", avec notamment le bondage étasunien (là... Si vous souhaitez voir la différence avec le kinbaku, le plus simple est encore d'aller sur Xhamster et de taper bondage dans la barre de recherche). Par conséquent, que ce soit en "Occident" ou au Japon, c'est dans les clubs SM que le kinbaku a émergé. Considérées comme immorales, les pratiques BDSM ont été mises à l'écart, dans des espaces "périphériques" de la ville (on dirait underground), et surtout, privés. Au Japon, le Kinbaku est pratiqué dans un Tokyo underground, donc a priori pas dans des lieux publics d'autant plus qu'il y est considéré comme immoral. En France (et dans l'ensemble de l'Europe), le kinbaku parce qu'il est japonais est plus largement perçu comme artistique que comme sexuel et pour cela passe de la sphère privée à une sphère publique. Par exemple, a Paris, certains espaces comme la Place des Cordes organisent des événements publics durant lesquels certains attacheurs font des "performances". Tout le monde y a donc a priori accès. Le kinbaku est une pratique profondément "genrée" : la majorité des personnes qui attachent sont des hommes et de fait, la majorité des personnes attachées sont des femmes. De même, les femmes qui attachent, attachent essentiellement des femmes. J'ai pu constater que les femmes qui attachent des hommes le font dans un contexte très particulier qui est celui des clubs BDSM où elles y viennent en tant que maîtresse et prônent quelque chose de très spécifique parfois proche de ce que l'on peut appeler la gynarchie. D'un point de vue spatial, je trouve ça très intéressant. En effet, la représentation de l'homosexualité féminine (et plus largement la soumission d'une femme à une autre) est acceptable dans des lieux publiques tandis que la soumission masculine ne peut l'être que dans une sphère privée qui est celle des clubs BDSM ou libertins. 
Pour aller plus loin, j'invite à jeter un œil aux travaux de Philip Hubbard et en particulier à "Desire/disgust: mapping the moral contours of heterosexuality". 

Par ailleurs, qu'est-ce qu'être une femme qui adopte une posture de recherche au sein de ce milieu? C'est difficile. Difficile vis à vis des situations que l'on voit qui peuvent parfois être violentes selon les attacheurs. Difficile parce qu'il y a aussi l'envie d'être attachée par un attacheur japonais, et ce, quand bien même l'on tente de faire une dichotomie entre une pratique que l'on analyse et son propre érotisme. Ce qui m'interpelle c'est qu'érotisme il y a parce que je suis une femme. De même, quelle posture adopter vis à vis de ces femmes qui sont modèles? Doit-on être dans une posture compréhensive, de femme à femme, qui parce que l'on est du même sexe devrait induire une compréhension mutuelle (à laquelle je ne crois pas)? 

T.


jeudi 23 avril 2015

Recherche et soucis.

Un premier véritable article, entre la présentation globale de ma recherche et une réflexion sur un petit souci...

La recherche que je mène actuellement est une recherche de géographie. Il faut donc considérer que l'ensemble de la réflexion se fait par rapport à une dimension spatiale. Ainsi, de façon basique, se faire attacher à Paris ne revêt pas les mêmes enjeux que lorsque l'on se fait attacher à Tokyo. "logique". 
"L'imaginaire du Japon Traditionnel en tant que performance" : le terme imaginaire est vaste et renvoie à beaucoup de champs en science humaine, cognitif dans un premier temps mais également géographique. Comment fantasme-t-on un espace? A ce propos, je me sers particulièrement des travaux du géographe français J.F Staszak, dont j'admire le travail (pour être claire... A-t-on fait mieux depuis? J'invite à lire ses articles sur l'exotisme, en particulier "qu'est-ce que l'exotisme" publié en 2008 et facilement trouvable sur la toile). Le tourisme est la mobilité absolue du fantasme. Il spatialise le fantasme, plus encore, en fait un espace. Aussi, je pense que l'on peut distinguer l'espace quotidien de l'espace touristique et que l'on peu considérer qu'ils ne sont jamais en réelle confrontation. Bref... Si qui que ce soit est intéressé par les problématiques liées au tourisme, nombreux sont les géographes à s'y être casser les dents. Personnellement, je n’hésiterai pas à citer monsieur Staszak : "Le tourisme ne m’intéresse pas. Les problématiques sociales qui y sont liées me permettent de répondre aux questions que je me pose". Bref, le tourisme n'est qu'un prétexte... 
Japon traditionnel, ici, renvoie plus largement à l'exotisme. A ce que l'on considère comme étant l'exotisme nippon. Dans ce cas, je renvoie non seulement à Staszak mais également à Edward Said et à son ouvrage "L'orientalisme. L'orient créé par l'Occident" de 1978. Toutefois, si les études post-coloniales sont d'excellentes clefs de lecture quand à ce sujet de recherche, je nuance le discours. En effet, le Japon n'a jamais été colonisé et a même été un empire colonial. Pour autant, la définition de l'exotisme est suffisamment large et s'applique parfaitement au Japon.
Performance... C'est un terme relativement conceptuel mais concret. Emprunté aux recherches du milieu anglo-saxon, la performance fait référence "à la pratique en situation en ce quelle peut contribuer à maintenir les normes ou à les subvertir" (A.C). Ce terme est très utilisé notamment dans les études de genre, en particulier par la philosophe étasunienne Judith Butler, notamment dans son ouvrage Trouble dans le genre. Personnellement, je dirai que la performance est la pratique de soi. Comment est-ce que l'on se ressent en tant qu'homme ou en tant que femme et dans le cas qui est le mien comment pratique-t-on le Japon à travers soi? A ce égard, le kinbaku est une porte d'entrée idéale.
Alors, voilà. Géographie post-coloniale, géographie des sexualités, études de genre... Autant de branches sur lesquelles je m'appuie pour le moment, jusqu'à ce que je fasse un choix pour mon projet de thèse. Autant dire que si ça ne tenait que de moi, j'en ferai un mixe. Et ça serait non seulement impossible à tenir mais en plus indigeste. L'aventure ne fait que commencer.

Pour terminer ce premier article, je tiens à parler d'un "souci" qui m'est arrivé, en lien avec ma recherche. Tout se passe par ailleurs parfaitement bien, que ce soit dans la prise de contact avec les uns et les autres ou le fait qu'on me permette d'observer des moments de "workshop" de kinbaku.
Le kinbaku étant une pratique profondément liée au milieu BDSM, il m'a fallu m'inscrire sur le réseau social qui y est dédié. Premier constat : passer de facebook à fetlife. C'est une manière pour les inscrits de pouvoir se réunir sans subir la censure, a priori... Sauf que, ça a bien sur ses limites. Ce site a pour vocation de mettre en contact des personnes du "milieu" BDSM, qui recherchent (mais pas nécessairement) un partenaire (soumis(e), maître(sse), etc.). Lorsque l'on arrive sur la page d'accueil du site, il est très fréquent de voir une photo de kinbaku et le premier mot du site est bondage. Bref, je devais m'y inscrire.
Je m'y présente en tant qu'étudiante chercheuse, menant une recherche autour du kinbaku qui cherche des personnes passionnées de Japon, et qui pratiquent le kinbaku. Rien de bien méchant. Je n'oblige personne à me répondre et ma présence n'est pas du voyeurisme. De plus, la recherche, bah... il y a une éthique. On anonymise les personnes que l'on interroge. On ne les cite que si elles sont d'accord. Je ne déroge pas à la règle, je ne suis pas rebelle moi. Sauf que... Je reçois un message comme celui ci : "as tu lu les règles du site?"... Heu... Honnêtement? Bon. Je fais de la recherche, où est le problème. Le problème? Je n'ai plus les mots exacts mais, je mettais les membres de la communauté SM sur la place publique. Je les exposais, sans respect. Je les jetais en pâture, aux yeux de... Je ne sais plus vraiment. 10 minutes plus tard mon compte est dénoncé, supprimé. Je l'ai très mal vécu. J'ai été furieuse parce que justement, ceux que l'on censure le plus en viennent à censurer la recherche. Le serpent se mord la queue : c'est en réagissant comme cela que la communauté SM se marginalise d'autant plus. Remarque : la personne qui m'a dénoncé ne pratique pas le kinbaku et n'est pas passionnée de Japon. Elle fait partie du milieu SM, et, je la connais. Je connais ses pratiques, et je suppose que m'avoir dénoncé est une manière de se protéger de lui-même. Là où je suis déçu c'est de constater que certaines personnes sont finalement responsables de la mise à l'écart de leurs pratiques, tant dans l'espace physique que virtuel, et maintiennent les représentations (négatives a priori) sur le milieu. Je ne dis pas que c'est une bonne ou mauvaise chose, simplement qu'il y a contradiction.

T. 


lundi 20 avril 2015

Pour commencer

Bonjour à tous,

pour le moment, cette page est un peu vide. Je vais tenter de tenir un "carnet" de recherches autour du mémoire de recherche (et futur projet de thèse...) que je suis en train de réaliser.

Pour commencer...
Je suis "géographe". J'ai une licence et une maîtrise en géographie sociale et culturelle, et puis j'ai un peu dérivé vers le tourisme. Comme ça, j'ai une "double compétence" (si jamais j'enseigne en université, je serrai presque légitime sur les cours de géographie du tourisme). Du coup, étudiante à l'université Paris XII de Créteil, je suis partie faire un tour à l'Institut de Recherche et d'Etudes Supérieure du Tourisme de la Sorbonne. Sauf que... Je n'ai pas du tout (mais alors vraiment pas...) réussi à trouver une place au sein de cette école, et donc à m'y épanouir. De la recherche je suis passé à l'enseignement à vocation professionnelle en tourisme et ça n'a pas fonctionné. Manque d’intérêt, "pas ma came", trop peu de recherche ("...") et finalement le milieu du tourisme et moi ça doit faire plusieurs milliers de morceaux. Plus encore, les retombées positives du tourisme sur un espace X et sa mise en tourisme me passent au dessus de la tête. Par contre, comprendre pourquoi est-ce que les individus se déplacent et comment ils se vivent touristes, là, il y a quelque chose d’intéressant.
Bref, un retour à Paris XII  en recherche et la préparation des concours de l'enseignement s'annoncent... En plus donc, de la réalisation actuelle d'un mémoire de recherche (projet de thèse...). Autant dire que cela donne quelque de plutôt intense et fatiguant mais épanouissant. 

...Un mémoire de recherche 
Ce blog se veut une sorte de "carnet de recherches". Il n'est pas pour le moment question de faire quelque chose de similaire aux carnets que l'on peut trouver sur le site hypothèse. Il va surtout être question de mettre sur internet ma réflexion par rapport à mon sujet d'une façon large. Qu'est-ce que je dois faire, qui je suis amené à rencontrer et finalement, qu'est-ce qu'il en découle. Bref, rien de bien nouveau.
Ma recherche parle d'imaginaire du Japon traditionnel, de performance (dans son sens épistémologique, sur la pratique de soi...), de kinbaku...dans une dimension spatiale. Rien que ça. Autrement dit, pour être trivial, mon mémoire de recherche parle de sexe, de cul. Le kinbaku est une pratique sexuelle japonaise (considérée comme traditionnelle) qui consiste à attacher son/sa partenaire avec des cordes (en jute par exemple) selon des figures et des nœuds bien précis. Il me semble que pour avoir une idée de ce qu'est le kinbaku (du moins dans son aspect le plus concret), une photo vaut mieux que des mots:
 
Photo : Nobuyoshi Araki 
Je crois qu'il n'y pas plus évocateur que cette photographie. Elle s'inscrit parfaitement dans ce que l'on considère et perçoit comme japonais, de l'espace (tatamis, shojis) au corps de cette femme que l'on identifie d'emblée comme étant une geisha (coiffure, kimono). Plus encore, la manière dont le corps de cette femme est mis en valeur ne peut être perçue que comme japonaise et renvoie plus largement à ce que pourrait être la sexualité japonaise. 
Toutefois, l'on pourrait réaliser exactement la même photo mais en prenant une modèle française, c'est à dire occidentale. Bref...

Voilà.Ce sera tout pour le moment.

T.