mercredi 29 avril 2015

Question de genre : début de réflexion, partie 1

l'idée est d'introduire ici la question du genre. Elle me tient à cœur car elle me permet de me questionner en tant que personne. Comment est-ce que l'on se définie en tant que personne? Est-il possible de dépasser les clivages sociaux imposés par notre sexe? Je n'en suis qu'au début de la réflexion, mais d'intuition, je dirai que non. "Absolument pas". Et ce, quand bien même on s'affirme comme féministe ou plus largement comme militant(e). 
Je ne me définie pas comme étant féministe. Je ne le suis pas parce que j'y vois une barrière et parce que je ne place pas la "femme" et "sa condition" au cœur de la réflexion. Je pense qu'il faut plutôt réfléchir pour une absolue égalité entre les individus sans y introduire une notion de genre. Irréalisable certes, car c'est ignorer que des normes sociales découlent la manière dont les individus se comportent les uns avec les autres. Cependant, ma position, en tant que femme, est de tendre vers cet idéal par individu et non par genre. 

Les questions de genre sont très complexes à analyser de par ce qu'elles dénoncent. Elles sont par essence un discours et finalement annoncent déjà l'engagement du chercheur. La construction de mon mémoire de recherche repose notamment sur les études de genre du fait qu'il analyse une pratique sexuelle. 
Le kinbaku est une pratique sexuelle japonaise qui consiste à attacher son ou sa partenaire. C'est une pratique initialement liée au BDSM. Attacher son partenaire à des fins sexuelles n'est pas une pratique nouvelle en "Occident", avec notamment le bondage étasunien (là... Si vous souhaitez voir la différence avec le kinbaku, le plus simple est encore d'aller sur Xhamster et de taper bondage dans la barre de recherche). Par conséquent, que ce soit en "Occident" ou au Japon, c'est dans les clubs SM que le kinbaku a émergé. Considérées comme immorales, les pratiques BDSM ont été mises à l'écart, dans des espaces "périphériques" de la ville (on dirait underground), et surtout, privés. Au Japon, le Kinbaku est pratiqué dans un Tokyo underground, donc a priori pas dans des lieux publics d'autant plus qu'il y est considéré comme immoral. En France (et dans l'ensemble de l'Europe), le kinbaku parce qu'il est japonais est plus largement perçu comme artistique que comme sexuel et pour cela passe de la sphère privée à une sphère publique. Par exemple, a Paris, certains espaces comme la Place des Cordes organisent des événements publics durant lesquels certains attacheurs font des "performances". Tout le monde y a donc a priori accès. Le kinbaku est une pratique profondément "genrée" : la majorité des personnes qui attachent sont des hommes et de fait, la majorité des personnes attachées sont des femmes. De même, les femmes qui attachent, attachent essentiellement des femmes. J'ai pu constater que les femmes qui attachent des hommes le font dans un contexte très particulier qui est celui des clubs BDSM où elles y viennent en tant que maîtresse et prônent quelque chose de très spécifique parfois proche de ce que l'on peut appeler la gynarchie. D'un point de vue spatial, je trouve ça très intéressant. En effet, la représentation de l'homosexualité féminine (et plus largement la soumission d'une femme à une autre) est acceptable dans des lieux publiques tandis que la soumission masculine ne peut l'être que dans une sphère privée qui est celle des clubs BDSM ou libertins. 
Pour aller plus loin, j'invite à jeter un œil aux travaux de Philip Hubbard et en particulier à "Desire/disgust: mapping the moral contours of heterosexuality". 

Par ailleurs, qu'est-ce qu'être une femme qui adopte une posture de recherche au sein de ce milieu? C'est difficile. Difficile vis à vis des situations que l'on voit qui peuvent parfois être violentes selon les attacheurs. Difficile parce qu'il y a aussi l'envie d'être attachée par un attacheur japonais, et ce, quand bien même l'on tente de faire une dichotomie entre une pratique que l'on analyse et son propre érotisme. Ce qui m'interpelle c'est qu'érotisme il y a parce que je suis une femme. De même, quelle posture adopter vis à vis de ces femmes qui sont modèles? Doit-on être dans une posture compréhensive, de femme à femme, qui parce que l'on est du même sexe devrait induire une compréhension mutuelle (à laquelle je ne crois pas)? 

T.


jeudi 23 avril 2015

Recherche et soucis.

Un premier véritable article, entre la présentation globale de ma recherche et une réflexion sur un petit souci...

La recherche que je mène actuellement est une recherche de géographie. Il faut donc considérer que l'ensemble de la réflexion se fait par rapport à une dimension spatiale. Ainsi, de façon basique, se faire attacher à Paris ne revêt pas les mêmes enjeux que lorsque l'on se fait attacher à Tokyo. "logique". 
"L'imaginaire du Japon Traditionnel en tant que performance" : le terme imaginaire est vaste et renvoie à beaucoup de champs en science humaine, cognitif dans un premier temps mais également géographique. Comment fantasme-t-on un espace? A ce propos, je me sers particulièrement des travaux du géographe français J.F Staszak, dont j'admire le travail (pour être claire... A-t-on fait mieux depuis? J'invite à lire ses articles sur l'exotisme, en particulier "qu'est-ce que l'exotisme" publié en 2008 et facilement trouvable sur la toile). Le tourisme est la mobilité absolue du fantasme. Il spatialise le fantasme, plus encore, en fait un espace. Aussi, je pense que l'on peut distinguer l'espace quotidien de l'espace touristique et que l'on peu considérer qu'ils ne sont jamais en réelle confrontation. Bref... Si qui que ce soit est intéressé par les problématiques liées au tourisme, nombreux sont les géographes à s'y être casser les dents. Personnellement, je n’hésiterai pas à citer monsieur Staszak : "Le tourisme ne m’intéresse pas. Les problématiques sociales qui y sont liées me permettent de répondre aux questions que je me pose". Bref, le tourisme n'est qu'un prétexte... 
Japon traditionnel, ici, renvoie plus largement à l'exotisme. A ce que l'on considère comme étant l'exotisme nippon. Dans ce cas, je renvoie non seulement à Staszak mais également à Edward Said et à son ouvrage "L'orientalisme. L'orient créé par l'Occident" de 1978. Toutefois, si les études post-coloniales sont d'excellentes clefs de lecture quand à ce sujet de recherche, je nuance le discours. En effet, le Japon n'a jamais été colonisé et a même été un empire colonial. Pour autant, la définition de l'exotisme est suffisamment large et s'applique parfaitement au Japon.
Performance... C'est un terme relativement conceptuel mais concret. Emprunté aux recherches du milieu anglo-saxon, la performance fait référence "à la pratique en situation en ce quelle peut contribuer à maintenir les normes ou à les subvertir" (A.C). Ce terme est très utilisé notamment dans les études de genre, en particulier par la philosophe étasunienne Judith Butler, notamment dans son ouvrage Trouble dans le genre. Personnellement, je dirai que la performance est la pratique de soi. Comment est-ce que l'on se ressent en tant qu'homme ou en tant que femme et dans le cas qui est le mien comment pratique-t-on le Japon à travers soi? A ce égard, le kinbaku est une porte d'entrée idéale.
Alors, voilà. Géographie post-coloniale, géographie des sexualités, études de genre... Autant de branches sur lesquelles je m'appuie pour le moment, jusqu'à ce que je fasse un choix pour mon projet de thèse. Autant dire que si ça ne tenait que de moi, j'en ferai un mixe. Et ça serait non seulement impossible à tenir mais en plus indigeste. L'aventure ne fait que commencer.

Pour terminer ce premier article, je tiens à parler d'un "souci" qui m'est arrivé, en lien avec ma recherche. Tout se passe par ailleurs parfaitement bien, que ce soit dans la prise de contact avec les uns et les autres ou le fait qu'on me permette d'observer des moments de "workshop" de kinbaku.
Le kinbaku étant une pratique profondément liée au milieu BDSM, il m'a fallu m'inscrire sur le réseau social qui y est dédié. Premier constat : passer de facebook à fetlife. C'est une manière pour les inscrits de pouvoir se réunir sans subir la censure, a priori... Sauf que, ça a bien sur ses limites. Ce site a pour vocation de mettre en contact des personnes du "milieu" BDSM, qui recherchent (mais pas nécessairement) un partenaire (soumis(e), maître(sse), etc.). Lorsque l'on arrive sur la page d'accueil du site, il est très fréquent de voir une photo de kinbaku et le premier mot du site est bondage. Bref, je devais m'y inscrire.
Je m'y présente en tant qu'étudiante chercheuse, menant une recherche autour du kinbaku qui cherche des personnes passionnées de Japon, et qui pratiquent le kinbaku. Rien de bien méchant. Je n'oblige personne à me répondre et ma présence n'est pas du voyeurisme. De plus, la recherche, bah... il y a une éthique. On anonymise les personnes que l'on interroge. On ne les cite que si elles sont d'accord. Je ne déroge pas à la règle, je ne suis pas rebelle moi. Sauf que... Je reçois un message comme celui ci : "as tu lu les règles du site?"... Heu... Honnêtement? Bon. Je fais de la recherche, où est le problème. Le problème? Je n'ai plus les mots exacts mais, je mettais les membres de la communauté SM sur la place publique. Je les exposais, sans respect. Je les jetais en pâture, aux yeux de... Je ne sais plus vraiment. 10 minutes plus tard mon compte est dénoncé, supprimé. Je l'ai très mal vécu. J'ai été furieuse parce que justement, ceux que l'on censure le plus en viennent à censurer la recherche. Le serpent se mord la queue : c'est en réagissant comme cela que la communauté SM se marginalise d'autant plus. Remarque : la personne qui m'a dénoncé ne pratique pas le kinbaku et n'est pas passionnée de Japon. Elle fait partie du milieu SM, et, je la connais. Je connais ses pratiques, et je suppose que m'avoir dénoncé est une manière de se protéger de lui-même. Là où je suis déçu c'est de constater que certaines personnes sont finalement responsables de la mise à l'écart de leurs pratiques, tant dans l'espace physique que virtuel, et maintiennent les représentations (négatives a priori) sur le milieu. Je ne dis pas que c'est une bonne ou mauvaise chose, simplement qu'il y a contradiction.

T. 


lundi 20 avril 2015

Pour commencer

Bonjour à tous,

pour le moment, cette page est un peu vide. Je vais tenter de tenir un "carnet" de recherches autour du mémoire de recherche (et futur projet de thèse...) que je suis en train de réaliser.

Pour commencer...
Je suis "géographe". J'ai une licence et une maîtrise en géographie sociale et culturelle, et puis j'ai un peu dérivé vers le tourisme. Comme ça, j'ai une "double compétence" (si jamais j'enseigne en université, je serrai presque légitime sur les cours de géographie du tourisme). Du coup, étudiante à l'université Paris XII de Créteil, je suis partie faire un tour à l'Institut de Recherche et d'Etudes Supérieure du Tourisme de la Sorbonne. Sauf que... Je n'ai pas du tout (mais alors vraiment pas...) réussi à trouver une place au sein de cette école, et donc à m'y épanouir. De la recherche je suis passé à l'enseignement à vocation professionnelle en tourisme et ça n'a pas fonctionné. Manque d’intérêt, "pas ma came", trop peu de recherche ("...") et finalement le milieu du tourisme et moi ça doit faire plusieurs milliers de morceaux. Plus encore, les retombées positives du tourisme sur un espace X et sa mise en tourisme me passent au dessus de la tête. Par contre, comprendre pourquoi est-ce que les individus se déplacent et comment ils se vivent touristes, là, il y a quelque chose d’intéressant.
Bref, un retour à Paris XII  en recherche et la préparation des concours de l'enseignement s'annoncent... En plus donc, de la réalisation actuelle d'un mémoire de recherche (projet de thèse...). Autant dire que cela donne quelque de plutôt intense et fatiguant mais épanouissant. 

...Un mémoire de recherche 
Ce blog se veut une sorte de "carnet de recherches". Il n'est pas pour le moment question de faire quelque chose de similaire aux carnets que l'on peut trouver sur le site hypothèse. Il va surtout être question de mettre sur internet ma réflexion par rapport à mon sujet d'une façon large. Qu'est-ce que je dois faire, qui je suis amené à rencontrer et finalement, qu'est-ce qu'il en découle. Bref, rien de bien nouveau.
Ma recherche parle d'imaginaire du Japon traditionnel, de performance (dans son sens épistémologique, sur la pratique de soi...), de kinbaku...dans une dimension spatiale. Rien que ça. Autrement dit, pour être trivial, mon mémoire de recherche parle de sexe, de cul. Le kinbaku est une pratique sexuelle japonaise (considérée comme traditionnelle) qui consiste à attacher son/sa partenaire avec des cordes (en jute par exemple) selon des figures et des nœuds bien précis. Il me semble que pour avoir une idée de ce qu'est le kinbaku (du moins dans son aspect le plus concret), une photo vaut mieux que des mots:
 
Photo : Nobuyoshi Araki 
Je crois qu'il n'y pas plus évocateur que cette photographie. Elle s'inscrit parfaitement dans ce que l'on considère et perçoit comme japonais, de l'espace (tatamis, shojis) au corps de cette femme que l'on identifie d'emblée comme étant une geisha (coiffure, kimono). Plus encore, la manière dont le corps de cette femme est mis en valeur ne peut être perçue que comme japonaise et renvoie plus largement à ce que pourrait être la sexualité japonaise. 
Toutefois, l'on pourrait réaliser exactement la même photo mais en prenant une modèle française, c'est à dire occidentale. Bref...

Voilà.Ce sera tout pour le moment.

T.