lundi 20 juillet 2015

Vers une pornographie... Romantique et féministe?

L'article qui suit n'est pas directement en lien (ou très peu) avec ma recherche universitaire. 

Pour information, ce blog n'est pas le reflet de ce qu'est ou sera ce que je transmets à mes directeurs de recherche. Ce blog me permet de faire avancer ma réflexion, de faire germer certaines idées, de poser à plat certaines choses parfois douloureuses. Quand bien même le font est le même, il n'est pas question que je fasse ici un brouillon de mon mémoire de recherche. 


Depuis quelques temps, je vois dans mon fil d'actualité la demande d'une contribution pour une série de films pornographiques qui se revendiquent "lesbiens romantiques". Soit. Un teaser circule de manière "virale" sur facebook si l'on suit l'une des actrices.Soit. Je vais voir, mais quelque chose me dérange dans la catégorisation "pornographie romantique". 

On associe la pornographie à un "genre" s'adressant aux hommes, utilisant la femme comme un objet à trois trous -bouche, vaginal, anal-. Certes. Une femme aux seins énormes (refaits a priori), au sexe imberbe, et sachant garder la bouche grande ouverte durant plusieurs minutes. Bref, une vision de la femme absolument machiste... Sauf que! La représentation de l'homme n'y est pas plus glorieuse. Un torse imberbe et musclé, un sexe imberbe et énorme. L'homme y est autant un objet que la femme, qui doit en plus démontrer des performances sexuelles inhumaines (du type s'empêcher de jouir pendant plus d'une heure). 
On a donc deux figures dans la pornographie hétérosexuelle, masculine (torse imberbe et sexe énorme) et féminine (gros seins, sexe imberbe, trois trous). L'objectif est de permettre à un individu de pouvoir se masturber à partir de la vision d'une situation qu'il ne peut pas vivre. Cette situation est un fantasme, c'est à dire une situation qui n'est pas amenée à se produire. Sachant cela, je pars du principe que la pornographie n'est pas le reflet de ce que je vie, par exemple lorsque je fais l'amour avec mon compagnon, un acte emplie d'amour et de romantisme. Je ne cherche donc pas à voir la même chose quand mon objectif est de me "décharger", acte qui par ailleurs dure peu de temps. (Non, je n'ai pas encore eu envie d'une folle nuit de sexe solitaire... mais qui sait)
Parler de pornographie romantique, à mon avis, c'est catégoriser la pornographie comme quelque chose de négatif qu'il faudrait faire autrement. C'est surtout vouloir faire de la pornographie ce qu'elle n'est pas : un discours. Sans faire de généralité, assumer de regarder de la pornographie (au même titre qu'avoir des pratiques SM) c'est assumer que l'on est un individu sexué/sexuel et cela est considéré comme "a-normal". D'une façon générale on ne parle pas de sexe et on ne dit pas que l'on aime ça. La question que je me pose c'est si il n'est pas question de légitimer ce besoin?
Doit-on légitimer le besoin de se masturber? Faire cela c'est admettre que l'on a honte de le faire. M.Kundera dit ceci de la honte :
"La honte n'a pas pour fondement une faute que nous aurions commise, mais l'humiliation que nous éprouvons à être ce que nous somme sans l'avoir choisi, et la sensation insupportable que cette humiliation est visible de partout".
Cette citation a été utilisée pour faire la promotion du film Shame de S. McQueen, lequel met en scène un homme accro à la pornographie et au sexe (brillamment interprété par Michael Fassbender). Dans le cas de ce film, c'est clairement une pathologie qui est mise en scène. Dans un tout autre style, le film Don Jon met en scène un homme accro au porno mais... sur un ton bien plus léger et surtout déculpabilisant. Le pitch :
"Mon corps, mon appart', ma caisse, ma famille, mon église, mes nanas, mon porno".

Le porno n'a rien de mauvais et ce, malgré les stéréotypes qui lui sont associés. Je ne crois pas que le porno véhicule une image spécifique de la femme ou de l'homme d'autant plus que la plus part des gens n'assument pas d'en regarder. Nul besoin d'en faire un discours ou de l'associer à un pathos. Il me semble qu'il faille simplement assumer notre rapport au sexe et prendre du recul sur ce qui est mis à notre disposition.

Ha, et sans vouloir faire un gros spoiler de shame, cette scène de sexe levrette/baie vitrée, est magique.