Les questions de genre sont intéressantes. Elles nous amènent parfois à prendre des chemins qui en d'autres circonstances n'auraient pas été les nôtres. Dans le sujet qui est le mien, qui en l’occurrence s'intéresse à la pratique du kinbaku, je me trouve au cœur des enjeux liés au genre, aux sexualités et finalement à l'exotisme.***
Du " juste féminisme" à une géographie des sexualités... Ou du sexe? Question de positionnement et de réflexivité
La sexualité est construite par des normes de genre et spatiales. Basiquement, par normes de genre je fais référence à l'hétérosexualité. Par spatial, je désigne les rapports sexuels qui ont lieu chez soi dans sa chambre, c'est à dire dans une sphère privée.
Sphères privées (ou publiques) et les rapports de domination qui y sont mis en place sont des éléments au cœur de l'analyse de la pratique du kinbaku. De fait, je me sers particulièrement des études sur le féminisme et le genre. En effet, les études sur le féminisme (ou les travaux menés par les féministes) me permettent de mieux cerner, en autre, quels sont les enjeux liés à la position de la femme. Les études de genre m'apparaissent comme nécessaires car elles me permettent de poser les bases de ma recherche. En effet, ce sont avant tout les femmes qui se font attacher. Plus encore, un attacheur comme Nawashi Kanna pose et trouble les questions de genre car il se considère autant homme que femme.Pour autant, je ne me considère pas militante mais plus j'avance dans la construction de mon sujet de recherche plus je me rends compte que vais être amené à "dénoncer" des situations qui sont le résultat de normes (de genre, sexualité, de classe).
"Ils veulent voir du SM, alors je leur amène Yen Ragami" me disait Gorgone, une modèle française de kinbaku. Ren Yagami est un attacheur qui a été l'élève de Nawashi Kana. Etant sadique et dans l'expression d'une violence physique intense lors de ses shows, il est aujourd'hui en mauvais termes avec Kanna. En mars, je suis allée à la place des cordes à Paris pour le voir attacher Gorgone, laquelle s'affirme comme étant féministe. Lors de leur performance commune, R. Yagami lui a donné des coups au visage, ce que Gorgone consentait. Ayant une sensibilité telle que...Non, je ne supporte pas de voir une femme (ou un homme) se faire frapper, je me suis posée quelques questions et fait quelques remarques.
- cette performance est-elle la mise en scène d'une intégration à l'extrême des normes de genre?
- il n'y pas de juste féminisme mais une représentation de ce qu'est ou doit être le féminisme
Sphères privées (ou publiques) et les rapports de domination qui y sont mis en place sont des éléments au cœur de l'analyse de la pratique du kinbaku. De fait, je me sers particulièrement des études sur le féminisme et le genre. En effet, les études sur le féminisme (ou les travaux menés par les féministes) me permettent de mieux cerner, en autre, quels sont les enjeux liés à la position de la femme. Les études de genre m'apparaissent comme nécessaires car elles me permettent de poser les bases de ma recherche. En effet, ce sont avant tout les femmes qui se font attacher. Plus encore, un attacheur comme Nawashi Kanna pose et trouble les questions de genre car il se considère autant homme que femme.Pour autant, je ne me considère pas militante mais plus j'avance dans la construction de mon sujet de recherche plus je me rends compte que vais être amené à "dénoncer" des situations qui sont le résultat de normes (de genre, sexualité, de classe).
"Ils veulent voir du SM, alors je leur amène Yen Ragami" me disait Gorgone, une modèle française de kinbaku. Ren Yagami est un attacheur qui a été l'élève de Nawashi Kana. Etant sadique et dans l'expression d'une violence physique intense lors de ses shows, il est aujourd'hui en mauvais termes avec Kanna. En mars, je suis allée à la place des cordes à Paris pour le voir attacher Gorgone, laquelle s'affirme comme étant féministe. Lors de leur performance commune, R. Yagami lui a donné des coups au visage, ce que Gorgone consentait. Ayant une sensibilité telle que...Non, je ne supporte pas de voir une femme (ou un homme) se faire frapper, je me suis posée quelques questions et fait quelques remarques.
- cette performance est-elle la mise en scène d'une intégration à l'extrême des normes de genre?
- il n'y pas de juste féminisme mais une représentation de ce qu'est ou doit être le féminisme
- Je suis une géographe féministe.
A mon sens le féminisme n'est pas uniquement un moyen de dénoncer un contexte de domination subit par les femmes.Il est plus largement un outil permettant de dénoncer les rapports de pouvoirs induits par les rapports de genre.
De rencontres en séminaires et lectures, je m'aperçois que le sexe (la bite quoi), même si tout un chacune aime ça, est un objet peu voir non scientifisé. En France, la géographie reste prude et ce, même si elle s'ose à aborder les questions de sexualité. Lorsque j'ai du commencer à lire des auteurs qui ont tenté d'en dire quelques mots, j'ai très vite fait l'amer constat que mise à part les homosexualités et la prostitution, le champ était assez vide. Dans le milieu anglo-saxon, certains chercheurs, en particulier Phil Hubbard, ont abordé l'hétérosexualité sous l'angle de la déviance en évoquant (quoi qu'en surface) notamment les pratiques SM. Toutefois, comme le font très justement remarquer certain(e)s chercheurs/es, l'analyse scientifique "des" sexualités se fait par l'approche analyse spatiale et commercialisation.
Le sexe, ces clitoris qui mouillent, ces pénis qui bandent, sont ignorés et ce alors même qu'ils sont, me semblent-ils, au cœur de ce qui est censé être analysé. Il m’apparaît évident que l'espace et la manière dont il est agencé a une influence sur le désir sexuel et c'est une chose que la pratique du kinbaku met en évidence. Par exemple, lors d'un show de kinbaku il se met en place une micro-géographie du désir et des corps, et à échelle plus large il y a de la part du public une certaine forme de voyeurisme. En effet, lorsqu'un homme attache une femme (ou bien lorsque ce sont deux femmes), les deux individus se retrouvent dans un moment d'intimité qui n'est plus privé. Ce moment n'est pas non plus entièrement public car il est accessible dès lors que l'on en connaît l’existence et que l'on accepte de payer pour le voir. C'est une situation assez proche de celle de l'exposition de et à la pornographie, bien que la pornographie soit parfois considérée comme un caricature des relations sexuelles. A ce propos, le kinbaku est une pratique catégorisée dans l'industrie pornographique, que ce soit l'industrie pornographique japonaise ou internationale. Certains attacheurs, comme Akira Naka, reconnus dans leur domaine, sont des acteurs pornographiques.
Il existe quelques références scientifiques en sciences sociales sur la pornographie, en particulier les travaux de la géographe Rachele Borghi. Elle a notamment travaillé sur le "post-porn" qu'elle définie en tant que performance et comme critique des normes sexuelles que nous connaissons (comme l'auto-censure d'un vocabulaire tel qu'anus, godemiché). Elle écrit : "la sexualité est bien plus qu’un acte privé et son importance ne saurait se réduire à la sphère privée : elle affecte en effet l’ensemble des espaces". Ceci est tellement vrai qu'il s'agit d'un acte politique et est donc public, mais se trouve régit par des normes tel qu'on ne se promène pas nu et qu'une relation sexuelle doive n'avoir lieu que dans une sphère intime. Alors, le kinbaku peut-il être considéré comme un acte sexuel? A mon sens, oui. L'acte sexuel n'est pas uniquement une pénétration vaginale (anale, orale...) car j'estime que lorsqu'un corps féminin mouille, ou lorsque masculin bande, puis joui alors il y a endorphine et donc on peut parler de sexualité.
Je ne suis pas pro sexe, et je ne mets pas mon corps en avant dans cette recherche. Mon rapport au sexe est non censuré car je pense que c'est le désir de l'autre (pas nécessairement physique) qui régit l'ensemble des relations humaines. Plus encore, le désir est spatial, comme le montre le géographe sino-étasunien Yi-Fu Tuan dans son ouvrage Topophilia. Par exemple, on éprouve un réel attachement pour notre lieu de vie quotidien. Je pense que c'est aussi vrai pour un lieu lointain, typiquement le Japon/Tokyo pour celles et ceux pratiquant le kinbaku. Il est devient alors possible de cartographier le désir et les pratiques/enjeux qui en découlent.
[A suivre]
T.
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J.F Staszak, "qu'est-ce que l'exotisme", 2008
E. Said, "L'orientalisme, l'Orient créé par l'Occident", 1973
R. Borghi, "Post-Porn", 2013
P. Hubbard, "Sex Zones, Intimacy, Citizenship and Public Space", 2001
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Il existe quelques références scientifiques en sciences sociales sur la pornographie, en particulier les travaux de la géographe Rachele Borghi. Elle a notamment travaillé sur le "post-porn" qu'elle définie en tant que performance et comme critique des normes sexuelles que nous connaissons (comme l'auto-censure d'un vocabulaire tel qu'anus, godemiché). Elle écrit : "la sexualité est bien plus qu’un acte privé et son importance ne saurait se réduire à la sphère privée : elle affecte en effet l’ensemble des espaces". Ceci est tellement vrai qu'il s'agit d'un acte politique et est donc public, mais se trouve régit par des normes tel qu'on ne se promène pas nu et qu'une relation sexuelle doive n'avoir lieu que dans une sphère intime. Alors, le kinbaku peut-il être considéré comme un acte sexuel? A mon sens, oui. L'acte sexuel n'est pas uniquement une pénétration vaginale (anale, orale...) car j'estime que lorsqu'un corps féminin mouille, ou lorsque masculin bande, puis joui alors il y a endorphine et donc on peut parler de sexualité.
Je ne suis pas pro sexe, et je ne mets pas mon corps en avant dans cette recherche. Mon rapport au sexe est non censuré car je pense que c'est le désir de l'autre (pas nécessairement physique) qui régit l'ensemble des relations humaines. Plus encore, le désir est spatial, comme le montre le géographe sino-étasunien Yi-Fu Tuan dans son ouvrage Topophilia. Par exemple, on éprouve un réel attachement pour notre lieu de vie quotidien. Je pense que c'est aussi vrai pour un lieu lointain, typiquement le Japon/Tokyo pour celles et ceux pratiquant le kinbaku. Il est devient alors possible de cartographier le désir et les pratiques/enjeux qui en découlent.
[A suivre]
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J.F Staszak, "qu'est-ce que l'exotisme", 2008
E. Said, "L'orientalisme, l'Orient créé par l'Occident", 1973
R. Borghi, "Post-Porn", 2013
P. Hubbard, "Sex Zones, Intimacy, Citizenship and Public Space", 2001
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