Un premier véritable article, entre la présentation globale de ma recherche et une réflexion sur un petit souci...
La recherche que je mène actuellement est une recherche de géographie. Il faut donc considérer que l'ensemble de la réflexion se fait par rapport à une dimension spatiale. Ainsi, de façon basique, se faire attacher à Paris ne revêt pas les mêmes enjeux que lorsque l'on se fait attacher à Tokyo. "logique".
"L'imaginaire du Japon Traditionnel en tant que performance" : le terme imaginaire est vaste et renvoie à beaucoup de champs en science humaine, cognitif dans un premier temps mais également géographique. Comment fantasme-t-on un espace? A ce propos, je me sers particulièrement des travaux du géographe français J.F Staszak, dont j'admire le travail (pour être claire... A-t-on fait mieux depuis? J'invite à lire ses articles sur l'exotisme, en particulier "qu'est-ce que l'exotisme" publié en 2008 et facilement trouvable sur la toile). Le tourisme est la mobilité absolue du fantasme. Il spatialise le fantasme, plus encore, en fait un espace. Aussi, je pense que l'on peut distinguer l'espace quotidien de l'espace touristique et que l'on peu considérer qu'ils ne sont jamais en réelle confrontation. Bref... Si qui que ce soit est intéressé par les problématiques liées au tourisme, nombreux sont les géographes à s'y être casser les dents. Personnellement, je n’hésiterai pas à citer monsieur Staszak : "Le tourisme ne m’intéresse pas. Les problématiques sociales qui y sont liées me permettent de répondre aux questions que je me pose". Bref, le tourisme n'est qu'un prétexte...
Japon traditionnel, ici, renvoie plus largement à l'exotisme. A ce que l'on considère comme étant l'exotisme nippon. Dans ce cas, je renvoie non seulement à Staszak mais également à Edward Said et à son ouvrage "L'orientalisme. L'orient créé par l'Occident" de 1978. Toutefois, si les études post-coloniales sont d'excellentes clefs de lecture quand à ce sujet de recherche, je nuance le discours. En effet, le Japon n'a jamais été colonisé et a même été un empire colonial. Pour autant, la définition de l'exotisme est suffisamment large et s'applique parfaitement au Japon.
Performance... C'est un terme relativement conceptuel mais concret. Emprunté aux recherches du milieu anglo-saxon, la performance fait référence "à la pratique en situation en ce quelle peut contribuer à maintenir les normes ou à les subvertir" (A.C). Ce terme est très utilisé notamment dans les études de genre, en particulier par la philosophe étasunienne Judith Butler, notamment dans son ouvrage Trouble dans le genre. Personnellement, je dirai que la performance est la pratique de soi. Comment est-ce que l'on se ressent en tant qu'homme ou en tant que femme et dans le cas qui est le mien comment pratique-t-on le Japon à travers soi? A ce égard, le kinbaku est une porte d'entrée idéale.
Alors, voilà. Géographie post-coloniale, géographie des sexualités, études de genre... Autant de branches sur lesquelles je m'appuie pour le moment, jusqu'à ce que je fasse un choix pour mon projet de thèse. Autant dire que si ça ne tenait que de moi, j'en ferai un mixe. Et ça serait non seulement impossible à tenir mais en plus indigeste. L'aventure ne fait que commencer.
Pour terminer ce premier article, je tiens à parler d'un "souci" qui m'est arrivé, en lien avec ma recherche. Tout se passe par ailleurs parfaitement bien, que ce soit dans la prise de contact avec les uns et les autres ou le fait qu'on me permette d'observer des moments de "workshop" de kinbaku.
Le kinbaku étant une pratique profondément liée au milieu BDSM, il m'a fallu m'inscrire sur le réseau social qui y est dédié. Premier constat : passer de facebook à fetlife. C'est une manière pour les inscrits de pouvoir se réunir sans subir la censure, a priori... Sauf que, ça a bien sur ses limites. Ce site a pour vocation de mettre en contact des personnes du "milieu" BDSM, qui recherchent (mais pas nécessairement) un partenaire (soumis(e), maître(sse), etc.). Lorsque l'on arrive sur la page d'accueil du site, il est très fréquent de voir une photo de kinbaku et le premier mot du site est bondage. Bref, je devais m'y inscrire.
Je m'y présente en tant qu'étudiante chercheuse, menant une recherche autour du kinbaku qui cherche des personnes passionnées de Japon, et qui pratiquent le kinbaku. Rien de bien méchant. Je n'oblige personne à me répondre et ma présence n'est pas du voyeurisme. De plus, la recherche, bah... il y a une éthique. On anonymise les personnes que l'on interroge. On ne les cite que si elles sont d'accord. Je ne déroge pas à la règle, je ne suis pas rebelle moi. Sauf que... Je reçois un message comme celui ci : "as tu lu les règles du site?"... Heu... Honnêtement? Bon. Je fais de la recherche, où est le problème. Le problème? Je n'ai plus les mots exacts mais, je mettais les membres de la communauté SM sur la place publique. Je les exposais, sans respect. Je les jetais en pâture, aux yeux de... Je ne sais plus vraiment. 10 minutes plus tard mon compte est dénoncé, supprimé. Je l'ai très mal vécu. J'ai été furieuse parce que justement, ceux que l'on censure le plus en viennent à censurer la recherche. Le serpent se mord la queue : c'est en réagissant comme cela que la communauté SM se marginalise d'autant plus. Remarque : la personne qui m'a dénoncé ne pratique pas le kinbaku et n'est pas passionnée de Japon. Elle fait partie du milieu SM, et, je la connais. Je connais ses pratiques, et je suppose que m'avoir dénoncé est une manière de se protéger de lui-même. Là où je suis déçu c'est de constater que certaines personnes sont finalement responsables de la mise à l'écart de leurs pratiques, tant dans l'espace physique que virtuel, et maintiennent les représentations (négatives a priori) sur le milieu. Je ne dis pas que c'est une bonne ou mauvaise chose, simplement qu'il y a contradiction.
T.
Performance... C'est un terme relativement conceptuel mais concret. Emprunté aux recherches du milieu anglo-saxon, la performance fait référence "à la pratique en situation en ce quelle peut contribuer à maintenir les normes ou à les subvertir" (A.C). Ce terme est très utilisé notamment dans les études de genre, en particulier par la philosophe étasunienne Judith Butler, notamment dans son ouvrage Trouble dans le genre. Personnellement, je dirai que la performance est la pratique de soi. Comment est-ce que l'on se ressent en tant qu'homme ou en tant que femme et dans le cas qui est le mien comment pratique-t-on le Japon à travers soi? A ce égard, le kinbaku est une porte d'entrée idéale.
Alors, voilà. Géographie post-coloniale, géographie des sexualités, études de genre... Autant de branches sur lesquelles je m'appuie pour le moment, jusqu'à ce que je fasse un choix pour mon projet de thèse. Autant dire que si ça ne tenait que de moi, j'en ferai un mixe. Et ça serait non seulement impossible à tenir mais en plus indigeste. L'aventure ne fait que commencer.
Pour terminer ce premier article, je tiens à parler d'un "souci" qui m'est arrivé, en lien avec ma recherche. Tout se passe par ailleurs parfaitement bien, que ce soit dans la prise de contact avec les uns et les autres ou le fait qu'on me permette d'observer des moments de "workshop" de kinbaku.
Le kinbaku étant une pratique profondément liée au milieu BDSM, il m'a fallu m'inscrire sur le réseau social qui y est dédié. Premier constat : passer de facebook à fetlife. C'est une manière pour les inscrits de pouvoir se réunir sans subir la censure, a priori... Sauf que, ça a bien sur ses limites. Ce site a pour vocation de mettre en contact des personnes du "milieu" BDSM, qui recherchent (mais pas nécessairement) un partenaire (soumis(e), maître(sse), etc.). Lorsque l'on arrive sur la page d'accueil du site, il est très fréquent de voir une photo de kinbaku et le premier mot du site est bondage. Bref, je devais m'y inscrire.
Je m'y présente en tant qu'étudiante chercheuse, menant une recherche autour du kinbaku qui cherche des personnes passionnées de Japon, et qui pratiquent le kinbaku. Rien de bien méchant. Je n'oblige personne à me répondre et ma présence n'est pas du voyeurisme. De plus, la recherche, bah... il y a une éthique. On anonymise les personnes que l'on interroge. On ne les cite que si elles sont d'accord. Je ne déroge pas à la règle, je ne suis pas rebelle moi. Sauf que... Je reçois un message comme celui ci : "as tu lu les règles du site?"... Heu... Honnêtement? Bon. Je fais de la recherche, où est le problème. Le problème? Je n'ai plus les mots exacts mais, je mettais les membres de la communauté SM sur la place publique. Je les exposais, sans respect. Je les jetais en pâture, aux yeux de... Je ne sais plus vraiment. 10 minutes plus tard mon compte est dénoncé, supprimé. Je l'ai très mal vécu. J'ai été furieuse parce que justement, ceux que l'on censure le plus en viennent à censurer la recherche. Le serpent se mord la queue : c'est en réagissant comme cela que la communauté SM se marginalise d'autant plus. Remarque : la personne qui m'a dénoncé ne pratique pas le kinbaku et n'est pas passionnée de Japon. Elle fait partie du milieu SM, et, je la connais. Je connais ses pratiques, et je suppose que m'avoir dénoncé est une manière de se protéger de lui-même. Là où je suis déçu c'est de constater que certaines personnes sont finalement responsables de la mise à l'écart de leurs pratiques, tant dans l'espace physique que virtuel, et maintiennent les représentations (négatives a priori) sur le milieu. Je ne dis pas que c'est une bonne ou mauvaise chose, simplement qu'il y a contradiction.
T.
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