l'idée est d'introduire ici la question du genre. Elle me tient à cœur car elle me permet de me questionner en tant que personne. Comment est-ce que l'on se définie en tant que personne? Est-il possible de dépasser les clivages sociaux imposés par notre sexe? Je n'en suis qu'au début de la réflexion, mais d'intuition, je dirai que non. "Absolument pas". Et ce, quand bien même on s'affirme comme féministe ou plus largement comme militant(e).
Je ne me définie pas comme étant féministe. Je ne le suis pas parce que j'y vois une barrière et parce que je ne place pas la "femme" et "sa condition" au cœur de la réflexion. Je pense qu'il faut plutôt réfléchir pour une absolue égalité entre les individus sans y introduire une notion de genre. Irréalisable certes, car c'est ignorer que des normes sociales découlent la manière dont les individus se comportent les uns avec les autres. Cependant, ma position, en tant que femme, est de tendre vers cet idéal par individu et non par genre.
Les questions de genre sont très complexes à analyser de par ce qu'elles dénoncent. Elles sont par essence un discours et finalement annoncent déjà l'engagement du chercheur. La construction de mon mémoire de recherche repose notamment sur les études de genre du fait qu'il analyse une pratique sexuelle.
Le kinbaku est une pratique sexuelle japonaise qui consiste à attacher son ou sa partenaire. C'est une pratique initialement liée au BDSM. Attacher son partenaire à des fins sexuelles n'est pas une pratique nouvelle en "Occident", avec notamment le bondage étasunien (là... Si vous souhaitez voir la différence avec le kinbaku, le plus simple est encore d'aller sur Xhamster et de taper bondage dans la barre de recherche). Par conséquent, que ce soit en "Occident" ou au Japon, c'est dans les clubs SM que le kinbaku a émergé. Considérées comme immorales, les pratiques BDSM ont été mises à l'écart, dans des espaces "périphériques" de la ville (on dirait underground), et surtout, privés. Au Japon, le Kinbaku est pratiqué dans un Tokyo underground, donc a priori pas dans des lieux publics d'autant plus qu'il y est considéré comme immoral. En France (et dans l'ensemble de l'Europe), le kinbaku parce qu'il est japonais est plus largement perçu comme artistique que comme sexuel et pour cela passe de la sphère privée à une sphère publique. Par exemple, a Paris, certains espaces comme la Place des Cordes organisent des événements publics durant lesquels certains attacheurs font des "performances". Tout le monde y a donc a priori accès. Le kinbaku est une pratique profondément "genrée" : la majorité des personnes qui attachent sont des hommes et de fait, la majorité des personnes attachées sont des femmes. De même, les femmes qui attachent, attachent essentiellement des femmes. J'ai pu constater que les femmes qui attachent des hommes le font dans un contexte très particulier qui est celui des clubs BDSM où elles y viennent en tant que maîtresse et prônent quelque chose de très spécifique parfois proche de ce que l'on peut appeler la gynarchie. D'un point de vue spatial, je trouve ça très intéressant. En effet, la représentation de l'homosexualité féminine (et plus largement la soumission d'une femme à une autre) est acceptable dans des lieux publiques tandis que la soumission masculine ne peut l'être que dans une sphère privée qui est celle des clubs BDSM ou libertins.
Pour aller plus loin, j'invite à jeter un œil aux travaux de Philip Hubbard et en particulier à "Desire/disgust: mapping the moral
contours of heterosexuality".
Par ailleurs, qu'est-ce qu'être une femme qui adopte une posture de recherche au sein de ce milieu? C'est difficile. Difficile vis à vis des situations que l'on voit qui peuvent parfois être violentes selon les attacheurs. Difficile parce qu'il y a aussi l'envie d'être attachée par un attacheur japonais, et ce, quand bien même l'on tente de faire une dichotomie entre une pratique que l'on analyse et son propre érotisme. Ce qui m'interpelle c'est qu'érotisme il y a parce que je suis une femme. De même, quelle posture adopter vis à vis de ces femmes qui sont modèles? Doit-on être dans une posture compréhensive, de femme à femme, qui parce que l'on est du même sexe devrait induire une compréhension mutuelle (à laquelle je ne crois pas)?
T.
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